Press Conference by António Guterres, Secretary-General of the United Nations, from Port-au-Prince, Haiti on the situation in the country.
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Le Secrétaire général va faire quelques remarques d'ouverture et ensuite il va prendre quelques questions.
Mesdames et messieurs de la presse, merci de votre présence. Je suis venu en Haïti porteur d'un message simple: les Haïtiens ne sont pas seuls. Les Nations unies sont à leurs côtés. Et le monde n'a pas le droit de détourner le regard. Dans quelques instants, je quitterai votre pays. Mais ce que j'ai vu ne me quittera pas. J'ai vu une crise d'une ampleur extraordinaire dont la racine est l'insécurité. Les gangs terrorisent le pays, des familles entières sont déracinées. Des enfants sont privés de protection, d'école, d'avenir. Pour trop d'Haitiens, chaque jour est une lutte pour la survie. Mais moi, j'ai aussi vu et surtout un peuple debout. Ce matin, dans un site de personnes déplacées, j'ai rencontré des familles qui ont tout perdu et que pourtant tiennent tiennent bon ensemble avec un courage et une dignité qui forcent l'admiration. Et je ne peux pas vous nier que j'ai été profondément ému en ayant l'occasion de parler avec un groupe de femmes qui avaient été victimes d'horribles violences sexuelles mais qui restait attaché à son pays, restait attaché à tout faire pour que les gangs soient battus et pour que la violence soit détruite et pour que les élections puissent se rendre. Même avec une souffrance énorme, elles étaient conscientes des problèmes du pays et complètement engagées pour aider à résoudre ces problèmes. C'est quelque chose qui m'a rendu profondément ému et qui crie une énorme responsabilité à la communauté internationale. La résilience des Haïtiens m'a profondément marqué et elle nous oblige. Ces familles ne m'ont pas demandé de la compassion, elles attendent des actes. Les chiffres parlent d'eux-mêmes, mais derrière chacun d'eux, il y a une vie. Haiti traverse la plus grave crise humanitaire de l'hémisphère occidental et celle qui se détériore le plus vite. 6,4 millions de personnes, plus d'un Haïtien sur 2, ont aujourd'hui besoin d'aide, contre 5,5 millions il y a 2 ans. Près de 1,5 million de personnes sont déplacées à l'intérieur du pays par la violence et près de 6 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire sévère. J'ai parlé avec beaucoup d'hommes, femmes et enfants qui n'ont qu'un repas par jour. Ce sont les femmes et les enfants qui paient le prix le plus lourd. Au premier trimestre de cette année, en moyenne, plus de 20 femmes et filles ont été agressées chaque jour. Oh non, non! Le recrutement d'enfants pour les gangs a triplé. Désormais, jusqu'à un membre du gang sur deux est un enfant. Des enfances volées par la violence, par l'exploitation et par la faim. Voilà la vraie nature de ces groupes qui prospèrent en exploitant les plus vulnérables. C'est absolument intolérable. Cela doit s'arrêter. Cessé. Je veux saluer ici les collègues des partenaires humanitaires dont l'immense majorité sont eux-mêmes Haïtiens qui ne renoncent pas malgré les dangers. L'an dernier, ils ont apporté une aide vitale à près de 3 millions de personnes, mais notre plan de réponse, 880 millions de dollars pour aider 4,2 millions de personnes, personnes n'est financée qu'à la hauteur d'un quart à peine. C'est le moins financé de nos appels humanitaires. Et je le dis sans détour aux donateurs: Haiti ne demande pas la charité, Haiti demande que le monde tienne parole et Haiti ne peut pas attendre. Mesdames et messieurs, cette crise est aussi fondamentalement une crise sécuritaire. Depuis le début de l'année, la violence des gangs a fait plus de 2 300 morts et plus de 1 500 blessés. Elle paralyse l'État, l'économie, l'éducation et l'acheminement de l'aide. Pourtant, la plus grande onde n'est pas la violence des gangs. La plus grande onde, c'est c'est l'indifférence, celle d'un monde qui a trop longtemps regardé ailleurs. Car il y a un lien direct entre l'absence de la communauté internationale et l'absence de sécurité pour le peuple haïtien. Mais la situation peut être renversée. Des quartiers du centre-ville de Port-au-Prince ont été repris. Le Conseil des ministres se réunit de nouveau au Palais national. Après plus de 3 ans. Et ce n'est pas qu'un symbole, c'est le signe du retour progressif de l'État. Aujourd'hui, au camp Vertières, j'ai également rencontré les femmes et les hommes de la force de répression des gangs. Son déploiement offre une chance réelle de faire reculer la violence et de rétablir l'autorité de l'État. Nous n'avons pas le droit de gâcher cette chance. Cette force n'est pas une opération des Nations Unies, mais elle bénéficie de notre plein appui logistique et opérationnel à travers notre bureau d'appui en Haïti. Je remercie les gouvernements d'Haïti et de la République dominicaine pour leur coopération décisive pour que cette opération soit possible. Je veux aussi saluer les policières, les policiers et les soldats haïtiens qui tiennent la ligne jour après jour, souvent au péril de leur vie. Ces forces doivent recevoir la formation, l'équipement et la coordination nécessaires à leur mission dans le strict respect des droits humains. Car les droits humains et la lutte contre l'impunité ne sont pas un obstacle à la sécurité. Ils en sont la condition et le socle de la confiance de la population. Et pour que ces acquis durent, il faudra désarmer, démanteler et réintégrer les membres des gangs sous conduite haïtienne. Il faudra une justice qui fonctionne et il faudra tarir les flux d'armées illicites qui alimentent cette violence. Car ces armes ne sont pas fabriquées en Haïti. Mais la sécurité seule ne suffira pas. Elle doit aller de pair avec les avancées politiques. J'ai eu des échanges francs avec le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé ainsi qu'avec des représentants des différents secteurs de la société haïtienne. Mon message a été clair: le peuple haïtien haïtiens n'a que trop attendu. L'occasion qui s'offre aujourd'hui ne se représentera peut-être pas. Je compte sur les dirigeants haïtiens pour la saisir. Il faut accélérer le processus politique et restaurer la confiance. C'est aux Haïtiens et à eux seuls qu'il appartient de tracer la voie, et le processus doit produire des résultats. Des étapes de transition inclusives et des élections crédibles, seule voie légitime vers le rétablissement de l'ordre constitutionnel et des institutions démocratiques. Les États-Unis restent pleinement engagés. Il y a un effort parallèle entre rétablir la sécurité et créer des conditions pour des élections véritablement transparente. Sous la conduite de mon représentant spécial, Monsieur Carlos Ruiz Macié, et à travers la BINU, nous continuerons de faciliter le dialogue et d'appuyer les solutions haïtiennes. La transition avance, une dynamique est là et mon appel à la communauté internationale est donc simple: assumez enfin vos responsabilités. Premièrement, renforcer l'appui sécuritaire avec un déploiement rapide et complet de la force en adaptant les ressources aux progrès accomplis sur le terrain. Deuxièmement, soutenir la transition politique et le relèvement du pays: l'école, la santé, l'emploi, pour offrir aux jeunes Haïtiens une alternative aux gangs et un avenir de dignité. Troisièmement, financer l'aide humanitaire de manière prévisible et à la hauteur des besoins. Et par-dessus tout, écouter le peuple haïtien. Mesdames et messieurs, je quitte Haïti avec un message d'espoir. Pour la première fois depuis des années, on entrevoit le bout du tunnel. Car Haïti ne se résume pas à ses épreuves, c'est une jeunesse immense et créative, une diaspora engagée, une culture qui rayonne bien au-delà de ses frontières, Haïti a tout pour se relever. Il y a plus de 2 siècles, à Vertières, un peuple a accompli ce que le monde croyait impossible. Il a brisé ses chaînes et il s'est libéré lui-même. Ce peuple-là saura, j'en suis convaincu, se libérer de l'emprise des gangs, et reconquérir sa sécurité, ses institutions, son avenir. Notre rôle n'est pas d'agir à votre place. Notre rôle est d'être à vos côtés et nous y serons jusqu'au bout. Et je vous remercie. Avant de passer aux questions, permettez-moi de dire quelques mots en anglais parce qu'il y a quelques journalistes ici qui parlent la langue anglaise. I'm here with a message of hope. For the first time in many years, there is finally some light at the end of the tunnel. Haiti has a chance to turn a corner, but only if the international community assumes its responsibilities. Let's be clear: gangs have been terrorizing Haiti and institutions have been weakened. But the biggest disgrace is indifference. The indifference of a world that has looked away. There is a direct connection between the absence of international community and the absence of security for the Haitian people. So my appeal to the world is simple: step up. Fund humanitarian response and progressive recovery. Support the Haitian institutions and the Gang Suppression Force. The transition is moving. Everyone—the international community and Haiti leaders alike—must do their part to turn this momentum into concrete results. And together, stand with the Haitian people for peace, for security, and for dignity. Thank you.
Je vais appeler le nouveliste Jean Junior Célestin. Si on peut lui apporter le micro pour qu'il puisse poser sa question avec le micro. Merci beaucoup. C'est ici?
C'est mieux?
C'est parfait, allez-y, allez-y, vous pouvez poser votre question. Allez-y, allez-y, vous pouvez poser votre question.
Bonsoir, Monsieur le Secrétaire général.
Je vais vous demander un faveur. Est-ce que vous pouvez être de ce côté parce que je ne vous vois pas et comme je suis un peu sourd, il me faut aussi lire Vos lèvres.
Ah, est-ce que c'est mieux? Là, maintenant, c'est mieux? C'est mieux là, maintenant? Oui, oui. Bonsoir, Monsieur le Secrétaire général. Je suis Jean Junior Célestin du journal Le Nouvelliste. Vous étiez en Haïti le 1er juillet 2023. Lors de votre visite à Port-au-Prince, vous avez soutenu que la communauté internationale doit venir en aide à Haïti et que c'était une question de justice morale. Lors de votre visite, vous avez exhorté la communauté, en tout cas le Conseil de sécurité, à autoriser le déploiement d'une force internationale robuste pour aider à endiguer la violence sur le terrain ici en Haïti. En octobre 2022, le Conseil de sécurité a autorisé cette force. Je suppose que c'était la force robuste que vous avez parlé en juillet 2023. Maintenant, malgré l'autorisation de déploiement de la force. Aujourd'hui, vous venez d'évoquer des chiffres alarmants. Un enfant sur 2, un membre de gang en Haïti aujourd'hui est un enfant dans le monde des gangs. 2300 personnes ont été tuées depuis début 2026. Qu'est-ce qui empêche la communauté internationale d'aider à contribuer pleinement à éradiquer le fléau de la violence?
Bon, Parlons franchement, je tiens à rendre hommage aux militaires du Kenya qui ont lutté en Haïti en appuyant les forces de police. Mais vraiment, ce n'était pas une force véritablement robuste. Il fallait un mandat bien plus fort. Et c'est ça ce qu'on a réussi maintenant. Maintenant, le Conseil de sécurité a décidé le déploiement d'une force de 5 500 hommes et femmes avec un mandat robuste qui a comme objectif essentiel désarmer, démanteler les gangs. Et j'espère que ce déploiement se fasse le plus rapidement possible. J'espère qu'il y a une coopération effective effectives avec les forces de police haïtiennes. Et j'espère que cette fois-ci, la capacité de combattre les gangs soit effective. Naturellement qu'il nous faut, à nous tous, travailler pour accélérer ce déploiement et pour créer les conditions d'une coopération effective avec les institutions haïtiennes. Les Nations unies ont la mission d'appui à cette force. Et je le dis avec de l'orgueil, on nous a dit que la force pourrait commencer le 1er avril, et le 1er avril, tout était prêt pour la recevoir. Vous avez d'ailleurs aujourd'hui la possibilité de visiter les installations que les Nations unies ont mises à la disposition de la force.
Good afternoon, Secretary-General. You spoke about hope and you spoke about a real chance, but today when you were in the camps, what you heard from the Haitians, many of the 1.5 million, is they are at their breaking point. They are desperate. They said, "Yeah, security is a problem, but we need to get out. How do we reconcile that when we've been talking so much about security, but the people who are most affected are now saying, I need a roof over my head, I need to be able to eat, I need to be able to send my kid to school. How do we deal with that when— and nobody talks about elections either. It's all about— there's a level of desperation that we just haven't heard before.
We have 1,500,000 displaced people, and many of them that we have seen today were displaced from other areas of the city. Large chunks of the city is still under the control of the gangs. So there is only one thing that is necessary. It is an effective action of the gang suppression force, together with the Haitian police, in order to make sure that those areas of the city that are still under gang control are recovered and that people can go back home. And this message I received from several women during my visit to the camp. We want to go back home, but for that, their homes must be out of the control of the gangs where people were raped, where people were killed, and where so many tragedies have been witnessed in Port-au-Prince.
Je ne crois pas avoir vu dans votre agenda de la journée que vous avez rencontré des acteurs de l'opposition politique, par exemple. Or, nous savons tous qu'en ce moment, on parle autant d'élections, pour ne pas dire davantage d'élections, que de la sécurité. Et tout cela sur fond d'un décret très critiqué en Haïti et à tous les niveaux. Dans vos échanges avec le gouvernement, des membres de la société civile. Est-ce que vous avez, vous n'avez pas senti cette préoccupation? Vous avez eu, avez-vous exprimé des exigences et des recommandations? Quelles sont-elles?
J'ai eu l'occasion d'avoir une rencontre avec la société civile qui a été très riche et je crois qu'il y a une volonté de tout le monde d'avoir des transparents, des élections qui soient transparentes, des élections avec des résultats que le peuple puisse faire confiance, et aussi une idée claire qu'on ne peut pas faire des élections sans qu'il y ait un minimum de conditions de sécurité. Alors là, j'ai vu un consensus de tous les partis, et j'espère que ce consensus puisse se traduire dans une action qui, je l'espère, viendra à unir tous les Haïtiens.
Bonsoir, Elie Pierre-Louis du journal L'Éléverture. Monsieur le Secrétaire général, permettez-moi tout d'abord de vous remercier pour votre visite en Haïti et pour l'attention que les Nations unies continuent d'accorder au pays. Le gouvernement du Premier ministre Alexis Élisée Méhé poursuit ses efforts pour renforcer la sécurité sécurité et rétablir l'autorité de l'État. Aujourd'hui, plusieurs zones stratégiques, dont les abords du Palais national, le Champ de Mars, la route de Nazan, ainsi que d'autres axes autrefois sous l'emprise des gangs, sont de nouveau accessibles, avec une amélioration progressive de la circulation et de la vie urbaine, ainsi qu'une meilleure prise en charge des personnes déplacées internes, c'est-à-dire des PDI. Sachant que la sécurité est une condition indispensable au retour à l'ordre démocratique, considérez-vous que ces avancées traduisent des résultats concrets des efforts du gouvernement pour remettre le pays sur la voie de la démocratie et du rétablissement de l'autorité de l'État?
Merci. Le fait d'avoir eu une réunion avec le Premier ministre au palais du gouvernement qui a été fermée pendant 3 ans, démontre que c'est possible de récupérer des zones contrôlées, ou au moins systématiquement attaquées par les gangs. Ce qui a été fait dans 3 des zones de Port-au-Prince peut se faire à Port-au-Prince tout entier, et aussi en Antibonite et dans d'autres zones du Haiti central où les gangs sont en train d'opérer. Et c'est ça L'objectif essentiel de la force de suppression des gangs, et j'espère que cet objectif puisse mener à une transformation de cette situation actuelle qui est intolérable, où les gangs contrôlent une partie très importante de la capitale du pays. Merci.
Good afternoon, Secretary-General. Thank you for this opportunity. I have a two-part question. What specifically gives you the confidence that the gang suppression force will be successful? And also, given what you've seen today and given the statistics that you've shared, how confident are you that Haiti will be able to hold the first round of elections in December?
Well, first of all, I have— we never had in Haiti such a big force with such a strong mandate. And so, being aware of the difficulties we are going to have— they are going to have to fight in urban settings. They face groups that are recruiting children. And one very important thing— they are mandated by the Security Council to respect the UN human rights due diligence policy, and that was reaffirmed by the Commander of the Force. So I saw in the meeting with the Commander of the Force a clear will to make sure that the Force is able to execute its mission in close cooperation with the Haitian authorities. So, um, we cannot be sure of anything in the world, But I think for the first time we can be hopeful. The second question you asked was?
Yes, given what you've seen today and the statistics that you provided, how confident are you that Haiti will be able to hold the first round of elections in December?
It is not for me to fix the date of the elections. I think that what is important is to have two parallel tracks.
Can you restate this question in French?
Two parallel tracks. One track is related to the security; the other is related to the creation of conditions to have transparent elections. And I believe that it depends on the way these two parallel tracks will be moving that the final decision will be taken in relation to the date of the elections. It's not for me to tell which is the right date. I am not the Haitian government or the Haitian people.
Secretary General, in your remarks you called on the world to step up, and obviously There are a number of countries participating in the gang suppression force, but the fact you're calling for the world to step up suggests that's not enough. What if the world doesn't? What fate awaits Haiti if the world looks the other way?
Well, when you have in the third humanitarian crisis of the world, after Palestine and Sudan, when you have a humanitarian that is funded with only 24%, it is— there is a real proof that the international community is not fully engaged in support to Haiti. And I have to say that when I see the forces coming with the gang suppression force, I've seen Chadwans, I've seen Jamaicans, We will be seeing Bangladeshis. I do not see developed countries contributing. And I think it's time for developing countries to stop being engaged in this kind of operations, because it is important to give a signal that we are all equal in today's world. Merci beaucoup d'être venu aujourd'hui. Merci infiniment.